De Zéro à 1 appliqué à l'architecture
La compétition comme piège
Thiel est direct : la compétition est une idéologie. Elle te pousse à t’aligner sur tes concurrents, à surveiller ce qu’ils font, à te battre pour des positions dans un marché qui existe déjà. Et pendant que tu te bats, tu perds de vue ce qui compte vraiment.
L’architecture web vit exactement ce problème. Chaque année, un nouveau pattern émerge, gagne en visibilité, et devient le nouveau référentiel auquel tout le monde se compare. Hier c’était les microservices. Aujourd’hui c’est le BFF, le Backend for Frontend, popularisé par Sam Newman et adopté à grande échelle par des équipes comme celles de SoundCloud ou Decathlon. Demain ce sera autre chose.
Patron d’architecture introduit par Sam Newman : chaque client (web, mobile, …) dispose de son propre backend intermédiaire qui agrège et adapte les appels aux services sous-jacents. Source : samnewman.io
Le BFF est un pattern légitime : il résout un vrai problème d’agrégation entre un frontend spécifique et des services backend multiples. Mais regarde comment il se diffuse. Des équipes l’adoptent parce que d’autres l’ont adopté, parce que les talks en parlent, parce que c’est ce qui se fait. Pas parce qu’elles ont analysé leur problème et conclu que c’était la meilleure réponse à leur contexte précis.
Les frameworks vivent le même cycle, en plus intense. Un outil gagne de la visibilité, génère de l’enthousiasme, et finit par être utilisé pour tout et n’importe quoi, pas par choix pragmatique, mais par fanatisme. Next.js pour un site statique de cinq pages. Kubernetes pour un side project qui tourne sur un seul serveur. NestJS parce que l’équipe “voulait quelque chose de sérieux”. Le problème n’est pas l’outil. Le problème est le raisonnement inversé : on choisit le framework d’abord, puis on cherche le problème qu’il résout. C’est ce que le philosophe René Girard appelait le désir mimétique : on ne désire pas un objet pour ses qualités intrinsèques, mais parce que d’autres le désirent. Thiel, qui fut l’élève de Girard à Stanford, a construit une large partie de De zéro à un sur cette intuition.
C’est aller de un à n. Copier ce qui marche ailleurs, en espérant que ça marchera ici aussi.
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