Éloge du silence en réunion inutile
Reste sobre, reste rare
La phrase prêtée à Hemingway est une blague de fin de dîner, mais elle pointe une vérité de fond : l’intelligence en milieu absurde cherche toujours une anesthésie. L’alcool en est une. Le cynisme en est une autre, plus insidieuse, parce qu’elle finit par contaminer aussi les moments qui comptent. Le silence choisi est la seule qui ne t’abîme pas, à condition d’en faire un instrument plutôt qu’un refuge. Albert Hirschman avait cartographié cette situation bien avant nos open spaces : face à une organisation qui déçoit, tu peux faire défection ou prendre la parole, et la loyauté joue le rôle d’un frein qui retarde la première pour laisser sa chance à la seconde. Ce que je te propose suit exactement cette mécanique : d’abord le silence loyal qui observe et qui mesure, ensuite la voix qui propose l’asynchrone, et en dernier recours la défection, réunion par réunion plutôt que démission par démission.
Alors la prochaine fois que tu sens la réunion tourner à vide, tais-toi sans culpabilité. Observe qui d’autre se tait. Compte. Puis prends la parole une seule fois, à la fin, pour proposer que la prochaine édition soit un document. Ce jour-là, ton silence aura été la contribution la plus utile de l’heure.
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