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Éloge du silence en réunion inutile

9 min de lecture

“Un homme intelligent est parfois obligé d’être saoul pour passer du temps avec les imbéciles.”

La phrase est attribuée à Ernest Hemingway, rapportée par son ami A. E. Hotchner dans The Good Life According to Hemingway. Elle sent le comptoir, le cynisme facile, le mug de développeur. Et pourtant, elle décrit avec une précision clinique quelque chose que tu vis probablement chaque semaine : la réunion inutile.

Sauf que toi, tu ne peux pas boire. Il est 10h30, tu as une revue d’architecture à 14h, et la politique de l’entreprise voit d’un mauvais œil le whisky en visioconférence. Alors tu fais la seule chose raisonnable qui te reste : tu te tais.

Cet article est une apologie de ce silence. Pas le silence gêné de celui qui n’a rien compris. Le silence choisi, lucide, économe, de celui qui a parfaitement compris et qui refuse de subventionner la comédie. La recherche en comportement organisationnel a d’ailleurs un nom pour lui. Van Dyne, Ang et Botero distinguent trois silences : le silence résigné de celui qui pense que rien ne changera, le silence défensif de celui qui craint les conséquences de sa parole, et le silence prosocial, délibéré, exercé au bénéfice du collectif. C’est du troisième que le silence défendu ici se rapproche le plus, en étirant un peu leur catégorie : le bénéfice collectif, dans notre cas, est le signal envoyé à l’organisation. La distinction garde toute sa valeur : les deux premiers silences sont des symptômes à traiter, le troisième est un outil à affûter.

Ernest Hemingway ?

Ernest Hemingway (1899 à 1961) est un romancier et journaliste américain, prix Nobel de littérature 1954, connu pour un style dépouillé et direct : phrases courtes, dialogues secs, peu d’adjectifs.

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