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De Symphonie à Fable 5

12 min de lecture

Le précédent Symphonie

En 1967, la France et l’Allemagne lancent ensemble le programme Symphonie, leur premier satellite de télécommunications. L’ambition est claire : doter l’Europe d’une capacité de communication spatiale qui ne dépendrait pas entièrement des réseaux américains. Le problème, c’est le lanceur. Quand la fusée européenne Europa échoue en vol, en 1973, Paris et Bonn n’ont plus le choix : il faut frapper à la porte de la NASA.

Washington accepte de lancer Symphonie. Mais à une condition draconienne : interdiction d’en faire un usage commercial. Officiellement, il s’agit de respecter les accords Intelsat. En pratique, il s’agit de protéger un monopole de télécommunications par satellite que les États-Unis dominaient largement, à la fois sur le plan stratégique et sur le plan économique. L’Europe a donc obtenu son satellite en orbite, en décembre 1974, avec l’interdiction formelle de l’exploiter vraiment. Tu mesures l’humiliation : on te prête la fusée, mais on garde la main sur ce que tu as le droit d’en faire.

Cette contrainte a agi comme un révélateur. L’Europe a tiré la seule conclusion qui tenait : ne plus jamais dépendre du feu vert américain pour accéder à l’espace. C’est ce calcul qui a verrouillé la décision de construire un lanceur européen autonome, Ariane, dont le premier vol intervient le 24 décembre 1979, et de consolider une agence spatiale commune. La souveraineté stratégique de l’Europe spatiale doit beaucoup moins à une vision généreuse qu’à une porte qu’on lui a fermée au nez.

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